“NEVER LOOSE THE FIGHT”
« L’expérience n’est une lumière qui n’éclaire que soi-même. » Lao-Tseu
Début décembre 2010, je me lève un matin avec une immense douleur dans le dos, je n’arrive plus à bouger, ma jambe gauche ne répond plus, je ne peux plus faire de flexion en avant. C’est le commencement d’un calvaire qui va durer plus de 3 mois. Une hernie discale sur L5-S1 qui fait pression sur le nerf sciatique, conséquence d’un effort trop violent à la salle d’escalade et d’une fatigue chronique du rachis. Les signes d’alerte étaient là, car j’ai eu des gros blocages au cours de mon travail, notamment après des séances d’encadrement intensif en canyoning.
Me voilà presque paralysé du coté gauche, avec une douleur intense que je ne peux soulager que partiellement avec de l’Aspirine. Il me faut 1h tous les matins pour arriver à me redresser et seule la position allongée ou debout sont supportable… assis plus d’1mn c’est impossible. Je marche avec une jambe de bois comme un vieux trainant la patte, conduire est extrêment difficile les transferts de position assis debout sont très douloureux. A partir de 4h du matin la douleur du dos est si grande que je ne peux plus dormir, car seule la position allongé sur le dos est acceptable, moi qui aime dormir en chien de fusil…

Je consulte 3 Ostéos dont un ami qui a fait les même études de Médecine Traditionnelle Chinoise, les deux précédents n’ayant rien résolus l’un par incompétence et l’autre par prudence. Je sais ce qu’il me faut, mais mon ami ne choisira pas l’acupuncture mais la manipulation. L’effet est à l’inverse de l’espoir que je portais en lui, c’est bien pire et le lendemain j’ai l’impression de repartir à la case départ plusieurs semaines en arrière.
Je n’ai aucune reconnaissance pour les médecins en général, qui sont pour moi de vrais charlatans modernes à la botte des laboratoires pharmaceutiques et formant un puissant lobby des “guérisseurs d’état” préférant l’argent à la santé humaine. Mais je sais reconnaitre la qualité de certains hommes dont j’ai eu à confier certaines “réparations” de mon corps. Je suis un autodidacte curieux, et ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu m’a indiqué que la solution est souvent en soi, dans son ressentit, dans l’écoute, dans le regard que l’on a sur ce qui nous entoure et sur soi-même bien sûr. Ce qui n’est pas encore cassé peut-être sauvé, peut-être réparé, le corps a cette faculté profonde d’auto-guérison et de sauvegarde aussi.
J’ai cherché les solutions diverses, mais toujours naturelles, l’homéopathie, l’acupuncture et le Yoga. La guérison est toujours une association d’événements, d’outils, de moyens et plus que tout de motivation. J’ai découvert que mon écoute de ce corps que je considère comme le moteur de ma vie avait été négligé. On passe trop de temps à courir, à survoler le temps les jours les mois et les années, et pas une seconde n’est consacrée à la posture. Se poser dans le silence et la paix, se reconnecter, se recentrer, libérer les tensions de ce corps qui est notre bien le plus précieux.

Le Yoga dont j’ai personnalisé des postures et travaillé certains mouvements du rachis pour faire glisser le disque vers sa place d’origine (source de la pression sur le nerf sciatique). En cherchant dans le ressentit le meilleur mouvement, j’ai réussi petit à petit à trouver ce qui semblait être efficace. Matin et soir je me suis astreint à ce rituel. Je me suis aussi forcer à marcher au moins une heure dans la forêt et les escarpements alentours, pour échapper à l’enfer du quotidien, m’oxygéner et retrouver de la motivation en pleine nature. La nature, en voilà un remède que peu connaissent, que peu regardent et que beaucoup négligent.
Le VTT m’a beaucoup apporter pour me revitaliser et travailler le cardio, puisqu’il m’était impossible de courir, avec l’avantage de decoapter le bassin et le rachi dans la zone lombaire lorsque l’on roule en “danceuse”. Les mois défilèrent très lentement, sans grandes activités, la concentration rongée par ma douleur, et même l’escalade où tous les mouvements de traction ne résolvaient rien, bien au contraire l’action des muscles para-vertébraux écrasaient encore plus le disque.

Puis un jour je me motive à me faire une auto-acupuncture délicate car située dans le dos sur la zone lombaire et sciatique. Je sais que seule une séance sur la région spécifique du mal peut avoir une action véritable. En effet, 2 ans auparavant lors qu’un très mauvais saut en BASE jump dans la Jonte, mon dos avait subit une violente entorse dorsale (D10-D11) qui ne s’était heureusement pas soldé par une fracture ou une hernie, car j’ai la chance d’être assez souple en extension (malheureusement pas en flexion). Je dois ma rapide guérison à une aiguille d’acupuncture, mais j’ai cru ce jour là que ces quelques millimètres d’acier seulement avaient la taille d’une lame de poignard!
Cette séance d’acupuncture complexe à mettre en oeuvre seul a demandé la participation de ma compagne, puisqu’il m’était impossible de localiser et de piquer correctement en même temps. Elle m’aida à localiser et à positionner les aiguilles et je fit le reste. Cette séance visait à “décharger” toute la zone blessée en surcharge énergétique et provoquant un blocage… le corps fit le reste seul, les tissus retrouvant leur mobilité et leur fonction. 1 heure après la séance une violente douleur insupportable me paralysa dans le lit, et je du faire de très gros efforts pour arriver à me remettre debout. “Miracle” le lendemain je marchais normalement avec juste une petite douleur récurrente. Plus de 3 mois s’étaient écoulés, je retrouvais enfin la vie et mes projets.
Maintenant lorsque je cours seul plusieurs heures sur le Causse, je connais le bonheur de cette liberté et de ce ressenti personnel retrouvés. Je sais que je le dois à la nature, à cet amour inconditionnel qu’elle nous donne mais que peu de personnes savent apprécier à sa juste valeur.
La nature est autre chose qu’un terrain de loisirs, un défouloir pour humains stressés, un lieu de villégiature: c’est une véritable partie de nous même, profonde.

Mais s’il est des rencontres “bénéfiques”, et il en est des “maléfiques”…
L’histoire est parfois difficile à éclaicir, le sens à comprendre, la douleur à supporter, le manque à vivre. Je vais vivre quelques mois plus tard le plus tragique évènement de ma vie, qui sera déjà endeuillé par la disparition au Brento de l’ami Toulousain Michel. Le 09 Septembre 2011, Fabrice, mon ami et plus fidèle compagnon de BASE jump avec lequel je parcours les plus beaux spots du Vercors et des Alpes pour voler en wingsuit, va tragiquement se tuer sous mes yeux. Le bruit sourd de son corps s’écrasant sur les rochers en pieds de falaise, restera gravé jusqu’à la mort au plus profond de mon âme.
Quelques mois plus tard, le “mal” refait surface et je survis miraculeusement à un accident de wingsuit en Espagne alors que la saison se termine. Le mal-aise qui s’était déjà installé en moi et ce nouvel évènement me font perdre le contrôle de mon équilibre et de ma motivation. Je me sens privé d’énergie combative mais plus que tout d’osmose, comme si toutes les connections avec ce que je suis s’étaient altérées ou étaient prises en otages.

Il y a parfois dans la vie des pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. Ces rencontres là sont “maléfiques” et peuvent être destructrices, d’autant plus si on est déjà affaibli par le mal et dans une phase de reconstruction longue et difficile.
Dans notre société, les gens se protègent de tout, fermant les portes du coeur, le regard porté au loin vers un néant fait de murs colorés et de prisons personnelles. Le matériel maintient éloigné les autres, et des autres comme la peur de la différence, comme une vitrine protège les biens exposés des passants. Qu’adviendra t’il le jour où cette illusion virtuelle de monde clôt, de cocon égocentrique et de peur de l’autre implosera, où le film sera si fin qu’il ne pourra éloigner du vrai “face à face”?
Notre société est condamnée a vivre enfermée dans une illusion de pseudo bonheur, de paradis artificiels bien égoïstes où les “rêves” et autres divertissements sont comme des suppositoires, ils sortent toujours part là où ils sont entrés.
« La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents. » Gandhi
La mort ne me fait pas peur, j’ai appris à l’apprivoiser à la faire mienne pour cueillir le fruit du bonheur et de l’inaccéssible. Vieillir si c’est pour vivre sa vie pleinement, ressentir du désir, marcher vers ses rêves, aimer, oui… mais mourir à petit feu de n’être plus rien, non.
La vie est une promenade où l’on croise les étoiles, le beau, le laid, la lumière, l’ombre, le désir, l’espoir, la tristesse, la joie, le combat, la rencontre, l’éveil, l’amour, la compassion et sa propre mort. Rien de tout cela ne nous appartient, et ce que nous sommes vraiment seul notre coeur le sait.
Jérôme
