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BASE jump et « comportements à risques », outils d’évaluation et de contrôle pour la sécurité du pratiquant

BASE jump et «comportements à risques»

– Outils d’évaluation et de contrôle pour la sécurité du pratiquant –

(in English)

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Repousser les limites de ses compétences, explorer de nouveaux territoires, faire face au danger est inscrit dans les gènes humains. Si ce n’est plus une nécessité vitale comme au temps des hommes de la pré-histoire, le simulacre à travers une activité sportive « extrême » est aussi un moyen de se sentir exister en retrouvant des sensations fortes, mais jusqu’où ?

L’actualité terrible de cette saison (22 morts pour 2013 sans compter les nombreux blessés grave) remet sur la table le problème de la sécurité dans notre sport. Le mot qui revient le plus souvent dans les discussions ici ou là (forums, groupes Facebook) est « la compétence », « le  niveau », résumé par le terme « expertise ». On y parle aussi « d’égo » même si effectivement l’activité phare de la wingsuit (32% des accidents mortels depuis 1991 mais en forte croissance depuis 2011 avec 50%, 68% en 2012 et 81% en 2013!) s’apparente maintenant plus à un concours « d’excellence » (et de rase mottes!) qu’à une voie de la sagesse. On pointe aussi les débutants, leur volonté d’aller vite ou de « griller » des étapes d’apprentissage (cf: mode = influence, media = image, produit = marketing). Malheureusement la série d’accidents récents ne concerne qu’un seul véritable débutant dans l’activité (avec 10 sauts de BASE jump pour seule expérience), les autres étant considérés comme expérimentés en BASE jump mais peut-être pas tous « experts » en wingsuit (le véhicule est-il la cause directe des accidents de la route? à 90% non). Certains voudraient que les sites de pratique ne soient plus partagés (infos, topos) mais tenus secrets, ce qui est impossible avec internet notamment les vidéos postées par les pratiquants sur les réseaux sociaux « tribu », de plus aucun accident n’est lié à la mauvaise interprétation d’un topo de « Paralpinisme » (sauts de falaise ou de montagne) ni à sa diffusion (la grande majorité ne découvre jamais un site par ses propres moyens mais accompagné d’un habitué ou local).

Mais très sincèrement je pense qu’on est loin d’un problème d’expertise en accidentologie du BASE jump, même si le défaut ou l’excès d’expertise peut être un facteur; je pencherais plutôt pour des « comportements à risques ».

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Beaucoup d’études ont été réalisées sur les « comportements à risques » notamment chez les jeunes et la conduite automobile, la drogue ou certains jeux ou conduites Ordaliques (1) (« mise en scène de sa mort avec prise de risque vécue comme une épreuve que l’on peut traverser avec succès, voire comme une séquence de mort suivie de résurrection »), mais aussi dans le sport et ceux dit « extrêmes ». Il n’est donc pas très compliqué d’aller fouiller pour savoir de quoi il en retourne, si on veut vraiment trouver des solutions à cette accidentologie croissante.

« Plus banalement, il faut noter que l’impression de maîtrise, le sentiment intime d’emprise sur la situation, modifie radicalement la relation du sujet au risque, qui peut ici se comparer au risque « professionnel » des cascadeurs, des matadors, de tous les sportifs de l’extrême ». (Marc Valeur, Jeux pathologiques et conduite Ordaliques)

Doit-on systématiquement envoyer sur les roses des personnes qui tentent d’apporter un éclairage et une réflexion de part leurs connaissances, sous le prétexte qu’elles ne connaissent rien à la « proxy »  ou au BASE jump ? Cette attitude s’appelle « le déni de remise en question » et a aussi ses racines dans les « comportements à risques ».

Il est évident qu’une étude approfondie sur les causes réelles de tous les accidents (mortels et non mortels) serait salutaire pour notre sport, car comment trouver un remède quand on ne connait pas les causes d’une maladie? Mais il y a aussi quelques tabous, le « non dit », à faire tomber en matière d’accidents, talon d’Achille des sur-hommes, et libérer la parole est sûrement le plus difficile dans un milieu souvent intransigeant avec ses pairs. La personne accidenté ayant un sentiment de culpabilité voire de honte ou de fierté bafouée et donc préfère ne pas en parler, de peur aussi d’être montré du doigt surtout publiquement. Peu de BASE jumpers osent faire leur « mea culpa » en public, le plus célèbre est Reiner Ebert qui a survécu en 2012 à un crash en forêt (spot du Brévent, Chamonix) en wingsuit sans avoir eu le temps d’ouvrir son parachute et se confia plus tard à une chaine TV et sur le site de basejumper.com remettant en question les dérives de sa propre pratique. Un bel exemple à suivre!

Le but n’est donc pas de juger mais de tenter de trouver des pistes qui permettent d’identifier facilement un « comportement à risques » et d’y remédier pour éviter l’accident.

Qu’est ce qu’un « comportement à risques » ?

Un « comportement à risques » est une attitude individuelle, consciente ou subconsciente, troublée (ou dictée) par différents vecteurs personnels, biologiques, intellectuel, émotionnels, sociaux, drogues… Une personne qui est dans un « comportement à risque » est une personne qui n’arrive plus à appréhender la réalité du danger à l’instant présent. Ce danger peut-être personnel (fatigue, euphorie de groupe par exemples) ou environnemental (mauvaise condition météo , technicité du saut par exemples). On regroupe aussi cela dans les « facteurs humains » très connus en aéronautique et dont les pilotes sont soumis à des protocoles très stricts avant chaque vol ainsi qu’à des visites médicales régulière notamment pour la vue.

Mais il faut se pencher tout d’abord sur la personnalité et la motivation réelle, profonde, du sujet à vouloir pratiquer un sport dangereux et à « s’exposer à des risques hors de tout impératif objectif lié à la survie ». Outre le fait que le sport chez l’adulte soit une prolongation du jeu de l’enfance, avec parfois des conduites Ordaliques, des études ont montré qu’une « addiction » à l’adrénaline (permet d’effacer rapidement toute émotion ne servant pas à la survie immédiate) serait aussi chez l’individu un phénomène de « mimétisme pharmacologique » (identique à l’effet d’une prise de drogue).

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La personnalité au centre du « comportement à risque »:

Selon le modèle psycho-biologique (C. Robert Cloninger), 4 tempéraments de base hérités forment en se mélangeant les traits de l’individu:

1 / recherche de nouveauté > repousser les limites, envie de sensations fortes

2 / évitement de la douleur >, peur de se blesser, trauma d’accident antérieur

3 / dépendance à la récompense > jugement extérieur, valorisation personnelle

4 / persistance malgré des effets adverses > marginalisation, angoisses

Différentes observations montreraient qu’il existerait des liens entre la recherche de nouveauté et la dopamine (2), entre l’évitement de la douleur et la sérotonine (3), ainsi qu’entre la dépendance à la récompense et la noradrénaline (4). Il est un fait qu’une tendance forte à la recherche de nouveautés, sans craindre de se blesser et indifférent à l’avis contraire de l’entourage, est dans un sport à risques une forme d’« addiction sans substance ». On remarque aussi une sous estimation du danger chez ces individus en recherche de sensations fortes.

Gestion du stress et prise de risques :

Il y a 3 types de réactions stratégiques au stress induit par une prise de risque et un danger.

                1 / centré sur émotion > je passe vite à l’action pour me sentir mieux

                2 / centré sur évitement > je m’éloigne rapidement du sujet

                3 / centré sur le problème > j’essaye d’analyser et de comprendre

Chez les sujets dépendants, la stratégie centrée sur le problème est peu existante, ce qui tend à montrer qu’une personne ayant un « comportement à risques » n’utilisera pas ou peu les outils pour cerner le danger et en tirer des conclusions puis y adapter un choix raisonné de pratique.

« L’augmentation de la fréquence cardiaque est accompagnée d’une baisse importante de la Prise de conscience et d’une augmentation significative du nombre d’automatismes terriens, et ceci même dans le groupe des Experts. En effet, si le groupe des Experts présente, lors des différentes phases de plongée, une bonne prise de conscience, celle-ci diminue considérablement dans des situations complexes ou stressantes. Ceci tend à confirmer la nécessité de garder un contrôle conscient des « fonctions de base » face à des situations « délicates ». Dès-lors, exit « l’automatisation » de ces fonctions, même avec l’expertise…» (FFESSM, Etude comportementale du plongeur en immersion)

Les résultats négatifs de l’addiction :

La dépendance aux sensations fortes entraine une accoutumance automatique à ne s’occuper que des « émotions néfastes » au détriment de l’intégrité physique et entraine des conséquences négatives. Il est commun de voir chez les alpinistes de haut niveau leur volonté de pousser toujours plus loin la limite, se retrouvant ensuite avec un sentiment de vide à la fin de chaque expédition, puis de chercher un nouveau sommet « plus plus » (la majorité des grands alpinistes des années 80-2000 est décédée pour n’avoir pas su s’arrêter à temps). Chez le BASE jumper son manque l’entrainera à consacrer plus de temps à cette activité, à s’acheter fréquemment de nouveaux équipements plus performants, à rechercher des partenaires dans le même esprit que lui et à repousser ses capacités personnelles sur des sauts de plus en plus difficiles.

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Danger, sécurité et liberté :

On dit le BASE jump c’est la liberté, mais quelle liberté  dans le fond ? Je pense que peu pratiquent de façon réellement libre, sans être dicté par des codes sociaux, de la reconnaissance, une mode, certains plus par mimétisme qu’avec une vraie démarche personnelle ou une curiosité. On est tous sous influence et il est parfois bon de prendre conscience que cette influence peut avoir des dérives dangereuses.

A l’inverse se dédouaner en affirmant que montrer des images de « vol de terrain » (5) toujours plus spectaculaires ou d’autres acrobaties de très haut niveau n’a aucune influence sur l’ensemble des pratiquants, c’est plutôt sous estimer le phénomène d’identification et de recherche de modèles dans nos sociétés (que l’on retrouve ensuite à travers l’appropriation de la marque « tribu » avec lequel le « héro » réalise ses exploits, « gage de performance et de savoir-faire », phénomène que les équipementiers ont bien compris depuis très longtemps). Heureusement que le solo en escalade est une activité peu accessible, car à la sortie de « la vie aux bouts des doigts » de Patrick Edlinger il y aurait eu beaucoup de morts ! Heureusement aussi que chaque grimpeur a quand même « naturellement » conscience que avec et sans corde ce n’est plus le même jeu ! Malheureusement en BASE jump il est trop tard pour s’en rendre compte de son erreur une fois que l’impulsion est donnée ou que le sapin arrive sur sa trajectoire. Mais la corde chez le grimpeur n’empêche pas l’accident, elle limite juste le risque de mort à chaque instant de sa pratique, comme le parachute chez le BASE jumper.

Il faut donc faire une réelle différence dans les comportements individuels. Choisir de faire du BASE jump ou de la wingsuit depuis une falaise est à lui seul un « comportement à risques » avec une recherche de sensations fortes et à terme une grande probabilité de dépendance. La nuance est l’individu lui-même, son hérédité, son vécu, ses capacités, son intelligence… et la sécurité dans la pratique est aussi liée à l’individu.

« Gardez bien à l’esprit: vous apprendrez quelque chose de chaque saut et de toutes les interactions avec d’autres BASE jumpers, si vous vous autorisez à apprendre. Dans le BASE jump, la connaissance est synonyme de sécurité, et la sécurité c’est la vie. L’ignorance et la complaisance entraînent communément la mort. » (Matt Gerdes, The great book of BASE)

Les outils de gestion du risque :

L’outil principal pour gérer le risque et assurer son intégrité physique est avant toutes choses, soi même !

Pratiquer le BASE jump, voler en wingsuit en montagne demande de la maturité et de la sagesse. Une bonne connaissance personnelle est indispensable pour savoir identifier ses « travers » et contrôler son stress. De plus être lucide sur « ses acquis et ses manques » concernant l’activité est un garde fou au faux pas ou au franchissement de sa ligne rouge. Ensuite une remise en question personnelle ainsi que du perfectionnement ou de l’entrainement régulier est un gage de ne pas se sur-estimer. L’entourage familial, les bons choix des partenaires, l’écoute et l’ouverture d’esprit limitent l’enfermement dans une addiction destructrice et de l’aveuglement. Pour finir, tout sportif de l’ « extrême » se doit d’avoir une hygiène de vie saine, l’excés d’alcool ou de psychotropes notamment avant chaque saut est à proscrire (et pourtant j’en ai vu)! L’alcool désinhibe en faisant oublier les dangers et les psychotropes perturbent le système nerveux et ralentissent très fortement les réactions neuro-musculaire donc les réflexes!.

Sport extrême = corps extrême, il faut peut-être aussi savoir ralentir ou s’arrêter quand la réponse de notre corps n’est plus adéquate et sous le seuil de vigilance.

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Y a-t-il un outil simple d’évaluation ? Beaucoup de critères peuvent entrer en ligne de compte pour un saut et c’est à chacun de savoir les évaluer et cela passe tout d’abord par de très bonnes bases d’apprentissage qui définiront les règles de l’art et les techniques d’évaluation d’un saut, minimum pour pratiquer en sécurité. Il serait suicidaire ou inconscient de le faire sans en maitriser « ni les tenants ni les aboutissants ».

Pour aller plus loin, le concept du « risk management » a été introduit depuis quelques années dans les activités de ski hors pistes avec la «méthode de réduction des facteurs de risque d’avalanche » et de la « méthode 3×3 » (6). Certains paralpinistes exerçant le métier de guides de hautes montagnes ont essayé de mettre en place un système équivalent transposé à la pratique. Le défaut principal que j’y trouve est la notion de « marge variable » (zone verte, orange ou rouge), notion qui est subjective d’une part et qui autorise une prise de risque plus ou moins grande laissée à l’appréciation de la personne. Je pense qu’un saut ne doit pas être réalisé si un seul facteur n’est pas positif, c’est la « bonne » règle. Cependant, la décision finale en revient toujours à l’individu lui même, s’il estime qu’il peut sauter malgré un ou plusieurs signes négatifs… là effectivement son comportement est à « prise de risques »!

Il faut aussi noter que les capacités d’analyse font partie de la compétence acquise ou pas (cf apprentissage) et donc sont susceptible d’induire des erreurs d’appréciation (aérologie par exemple) ou des shunts (aucun contrôle du vent par exemple).

Apprendre à évaluer et à contrôler les éléments d’évolution en sécurité :

Je propose une évaluation simple de contrôle de points spécifiques en 3 étapes temporelles progressives (à « J-1 », sur le spot et à l’exit) et sur le principe strict du On-Off (évite une prise de risque subjective, « il commence à pleuvoir mais j’y vais quand même moi j’ai la marge »). Je rappelle que ce modèle est indépendant du niveau d’expertise technique en chute qui influencerait la prise de décision comme sur le modèle « 3×3 ».

Le jour « J », quels sont les critères prépondérants facteurs de danger et inversement de sécurité?

Etape n°1 / La Préparation « Planification » > réalisée la veille au moins, en supposant que vous ayez eu l’intelligence d’y aller avec de bonnes conditions météo, en pleine capacité de vos moyens physique et mental, avec le bon équipement en bon état et bien préparé, que ce saut est à votre niveau et sans inconnues techniques.

# 5 points > Forme – Equipement – Niveau – Course – Météo

# si 1 seul des 5 critères « négatif » = danger = ne pas faire le saut! Reporter à une prochaine fois.

# si 5/5 critères « positifs » = passage à l’étape n°2

Etape n°2 / Le Check « Contrôle » > réalisé juste avant le saut sur le site, vérification du matériel de saut, contrôle du point de saut (hauteur, poussé, axe), visualisation de la ligne de vol ou délais de chute (programme du saut), identification des dangers potentiels (vires, arbres, lignes électriques, rivière, lac, mer, maisons…), localisation des zones de posé (principale et de secours), observation force du vent (thermique mur et brise de vallée).

# 6 points > Matériel – Exit – Délais – Dangers – Posés – Vent

# si 1 seul des 6 critères « négatif » = danger = ne pas faire le saut! Retour à la maison.

# si 6/6 critères « positifs » = passage à l’étape n°3

Etape n°3 / La Mentalisation « Concentration » > réalisée à l’exit quelques secondes avant de sauter, diminution du stress (mental, cardiaque, respiratoire, musculaire), répétition du geste d’ouverture PC, séquentialisation du saut les « 5 Bons » (bon départ, bon timing en chute, bonne ouverture, bonne correction voile, bon posé).

# 3 points > Stress – Poignée – 5 Bons

# si 1 seul de ces 3 critères négatif = danger = ne pas faire le saut! Retour à l’étape n°2 ou à la maison.

# si 3/3 critères « positifs » = ok pour saut

Critères d’évaluation et de contrôle des « facteurs d’accident » pour une prise de décision raisonnée:

Je l’appelle méthode « PCC » > Planification Contrôle Concentration

Synthèse « en 3 étapes » des « bonnes » questions à se poser avant de sauter et quelque soit son niveau d’expertise technique en chute:

Etape n°1 /

PLANIFICATION

jour « J-1 » maison

FORME?

EQUIPEMENT?

NIVEAU?

COURSE?

METEO?

Si 5/5

 = OK

= Etape n°2

Etape n°2 /

CONTRÔLE

Jour « J » spot

MATOS?

EXIT?

DELAIS?

DANGERS?

POSE?

VENT?

Si 6/6

= OK

= Etape n°3

Etape n°3 /

CONCENTRATION

Jour « J » exit

STRESS?

POIGNEE?

5 BONS?

Si 3/3

= OK

= Saut !

yves

Et ne jamais oublier le débriefing du saut, c’est toujours un plus pour identifier certaines erreurs et se corriger pour le prochain saut.

Quelques exemples réels d’accidents:

1 / Bill X fait un saut de falaise glisseur bas en « 2 ways » avec un compagnon, part extracteur à main, mais lorsqu’il lâche l’extracteur pour ouvrir son parachute, l’extracteur se gonfle dans le vent relatif tirant toute la longueur de la drisse qui s’éloigne derrière lui sans ouvrir le sac ni tirer la voile. Bill X avait juste oublié de connecter en tête d’alouette l’extrémité de la drisse à la voile !

Cette erreur d’inattention aurait pu être décelée à l’étape 1 à la maison  « bien préparer son équipement » et à l’étape 2 sur le spot « vérifier son matériel ». Le doute sur le spot doit toujours l’emporter, il vaut mieux ouvrir son sac pour rien que de mourir pour un oubli ou une erreur. Personnellement, comme je passe régulièrement de glisseur haut à bas à la wingsuit avec des extracteurs et drisses différentes, je vérifie toujours à chaque pliage la fixation extracteur-drisse et drisse-voile, et avant le saut drisse-voile. Je vois régulièrement des extracteurs mal montés sur la drisse avec fort risque de rupture.

2 / Adam Y et un compagnon vont sauter une grande falaise glisseur haut et ont projeté de faire des figures d’acrobaties. Adam saute alors en tentant un front flip mais ne parvient pas à tourner et tombe tête en bas puis au dernier moment n’arrivant pas à se remettre à plat tire son extracteur et s’écrase sur une terrasse sans que la voile ait eu le temps de sortir. Les 2 compagnons avaient pour habitude de faire un départ en « gainer » (back flip jambes tendues) car ils ne se sentaient pas à l’aise en faisant un départ classique à plat. Adam X a voulu inaugurer une nouvelle figure mais qu’il ne maitrisait pas du tout.

Cette erreur aurait du être décelé à l’étape 1 avant de partir « Ais-je le niveau?» à l’étape 2 au sommet « programme du saut » et à l’étape 3 à l’exit « 5 Bon ». La mentalisation d’une figure acrobatique est primordiale à sa réussite, mais avec de l’entrainement de pont pour la maîtriser parfaitement avant de l’exécuter en falaise. Les mauvaises bases d’apprentissage, la sur-estimation de soi, le manque de connaissances, le non travail de ses points faibles sont des facteurs « humains » à risques.

3 / Augus Z est sur un fameux spot Suisse et projette de sauter en wingsuit avec 5 autres compagnons. Ils discutent des conditions aérologique et planifient le saut et le poser, mais omettent les lignes électriques qui bordent le champ. Augus Z part avant dernier et vole au maximum en tentant de dépasser les lignes électrique (les autres ont ouvert avant) et réussit à les franchir de justesse puis à ouvrir mais trop bas pour que sa voile puisse freiner sa chute avant le sol.

Typiquement une erreur de l’étape 2 « identifier les dangers objectifs » + « programme du vol » et de l’étape 3 « 5 bons ». Il faut toujours prendre en compte les dangers objectifs et faire plusieurs plans selon la performance du vol en se fixant des limites. Et aller voir le posé de visu pour identifier les dangers potentiels avant de monter au sommet du spot. Un des risques en wingsuit est de vouloir gratter en vol pour aller plus loin en oubliant sa marge sol à l’ouverture (erreur que fait souvent le débutant en wingsuit) avec un visuel faussé car en projection vers l’avant et non à la verticale.

Conclusions :

Il me semble que chacun devrait avoir une réflexion sur sa pratique et ses motivations et dénicher ses propres « comportements à risques » qui peuvent évoluer au cours de sa carrière et de sa vie. Les sauts de groupes sont aussi plus facteurs à ces comportements car il y a une forme de déresponsabilisation, d’euphorie, de distorsion de la réalité, d’oublie ou de shunt. Des études dans d’autres domaines l’on montré (7 fois plus d’accidents chez les jeunes quand ils sont plusieurs dans une voiture que seul par exemple). Mais il ne faut pas croire que sauter seul protège plus. Ce qui protège le plus le jour « J » en dehors de la bonne compétence technique, c’est de se connaitre, d’être lucide, d’avoir peur, d’écouter, de savoir analyser un saut, d’avoir de la méthode, d’être patient, mais aussi de savoir renoncer… et aussi d’éviter toute forme de tranquillisants psychotropes avant.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. (Nicolas Boileau)

Il faut avoir conscience de l’effet d’addiction sur son comportement et surtout sur ses jugements, et que le risque est de faire passer son besoin de bien être (initié par un manque) avant son intégrité physique en sous évaluant volontairement le réel danger. Beaucoup d’activités comme la plongée, le ski hors piste, l’aéronautique font appel à des outils récurrents d’évaluation et de contrôle permettant de diminuer fortement la « prise de risques » et par voie de conséquence les accidents. Il est tout à fait possible de faire de même pour le BASE jump et les vols en wingsuit en montagne.

Si on part du postulat qu’on n’est pas suicidaire, éviter tout accident et toutes blessures ou la mort devrait être une priorité à chaque saut, car la chance est un joker que seul le hasard maitrise !

Pour moi la « sécurité » rime avec non « comportement à risques » et l’activité toute entière gagnerait à les chasser. Un outil simple d’analyse rationnelle et de contrôle (comme ma méthode « PCC » présentée ci-dessus), telle une check-list pour un pilote d’avion, est un garde fou à la subjectivité, aux émotions et à la prise de risque qui en découlerait.

Comme j’aime le répéter à des amis: « il faut se méfier du ver que vous laissez entrer dans la pomme, car cette pomme le ver finira un jour par la dévorer. »

(c) 2013 / Jérôme Rochelle  « Jéronimo »

Merci à François Estève (Professeur de biophysique et de médecine nucléaire à Grenoble et BASE jumper) pour la relecture et ses remarques.

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# Notes:

(1) conduite Ordalique > besoin de jouer avec sa mort ou de stimuler son existence

(2) dopamine > neurotransmetteur du système nerveux central

(3) sérotonine > neurotransmetteur du système nerveux central

(4) noradrénaline > hormone adrénergique et neurotransmetteur

(5) vol de terrain ou « proxy flying » > consiste avec une wingsuit à voler le plus proche possible du relief (crêtes, falaises, forêts) parfois à quelques mètres seulement

(6) méthode « 3×3 » > outils d’aide à la décision en risque d’avalanche

# Bibliographie:

Fatality List BASE jump > Rapports et statistiques des décés en BASE jump

Revue médicale Suisse > « Adrenaline-addiction » et comportements de prises de risques chez les sportifs: quelles réalités?
Marc Valleur > Jeux pathologiques et conduites Ordaliques

Sociologies > Jouer avec la gravité: approche sociologique plurielle de l’engagement dans les sports dangereux

GREPS > Comportements à risques en plongée

FFESSM > Etude comportementale du plongeur en immersion

Plongée spéléo > Réglementation de la plongée soutérraine

Patrick Baudry > Le corps extrême, approche sociologique des conduites à risques

Bioéthique > Psychiatrie et comportements à risques

Colloques > le rôle des héros des tribus sportives dans l’offre des équipementiers de la « glisse »

Mohamed Rahmouni > Facteurs humains

ENSTA > Introductions aux facteurs humains, notions et méthodes

Sécurité routière > Principaux facteurs d’accidents

# Ressources techniques:

Matt Gerdes > The Great book of BASE

BASE Sessions > Coaching et apprentissage en BASE jumping

Association de Paralpinisme > Informations sur la pratique et défense des sites, affiliée à la FFCAM